"Il faut donner de l'importance aux mots d'une époque" rabâche mon professeur, avec sa tête de fou et ses airs de vieille taupe aveugle.
Se souviendra-t-on alors du nom de l'album de Cali, sorti en 2008? Se souviendra-t-on du thème du Printemps des poètes en 2004? Se souviendra-t-on du surnom que donne Saez à Olga? Se souviendra-t-on des enfants du siècle que nous étions ?
Et l'espoir, que l'on brandit comme une épée ou un bouclier, trace son sillon dans le siècle nouveau. J'aurais voulu qu'on refasse le monde avec ce mot coincé dans la bouche. J'aurais voulu le crier à tous les ménages de toutes les chaumières de France.
Ernst, toi qui parlais d'espérance, comprends-tu notre soif d'espoir? Cet espoir qui vient avec le soir et qui se réveille avec l'aube. Cet espoir avec qui on couche, dort et finalement rêve.
Je veux que les lettres de mon prénom marquent l'Histoire. Que l'on brandisse des étendards où l'on aura griffonné ces E par millions.
Et d'un coup, je n'étais plus rien.
Je ne suis qu'une lettre perdue dans un océan de voyelles vulgaires.
Je suis comme le A, étourdi et mutin, comme ce I stupide et joyeux, comme ce O gros et vide, comme ce Y grec géométrique et insensible. Je ne suis plus rien parce que tu ne m'espères pas. Parce que nous n'espérons plus ensemble.
J'étais parce que je t'espérais.
Je ne suis plus parce que je n'espère plus.
Alors, pourvu qu'on se souvienne de ces espoirs du siècle, enfants de lendemain mort-nés.
Pourvu que l'on se rappelle de cet espoir qui a vu le jour dans mes yeux quand je t'ai rencontré.
Cet espoir qui, un jour, est parti avec toi.
*Et si l'un de nous deux tombe...*