*En faire toute une histoire*

Quand on aura pris un peu de recul sur notre génération, on pourra lire notre histoire dans les manuels d'Histoire culturelle.
"Il faut donner de l'importance aux mots d'une époque" rabâche mon professeur, avec sa tête de fou et ses airs de vieille taupe aveugle.
Se souviendra-t-on alors du nom de l'album de Cali, sorti en 2008? Se souviendra-t-on du thème du Printemps des poètes en 2004? Se souviendra-t-on du surnom que donne Saez à Olga? Se souviendra-t-on des enfants du siècle que nous étions ?


*****


Peut-être est-ce cela qui rapproche le plus une génération, ses mots. Ces mots que l'on partage comme un pain quotidien. Qui relie mille bouts du monde. Les mots sont le reflet de nos maux intérieurs.
Et l'espoir, que l'on brandit comme une épée ou un bouclier, trace son sillon dans le siècle nouveau. J'aurais voulu qu'on refasse le monde avec ce mot coincé dans la bouche. J'aurais voulu le crier à tous les ménages de toutes les chaumières de France.


*Rallumez ces étoiles qui n'attendent que l'espoir!*


Ernst, toi qui parlais d'espérance, comprends-tu notre soif d'espoir? Cet espoir qui vient avec le soir et qui se réveille avec l'aube. Cet espoir avec qui on couche, dort et finalement rêve.

"Crois en l'aube qui s'éveille en toi" me chantais-tu ces soirs infinis. Quand tu auras trente, quarante ou cent ans, t'en souviendras-tu ? Dis-moi donc mon cher c½ur, te souviens-tu déjà que tu m'appelais Espoir? Cette dame blonde au c½ur rougissant d'amour, cette étoile qui file sous un ciel noir.

*Une lueur d'espoir suffit à attiser l'étincelle d'un c½ur.*

Allez, millions de c½ur, levez votre nez et respirez la bonne odeur de printemps, goûtez la douceur de l'Espoir. Allez, croquons dans la vie, que le bonheur bave de nos lèvres ouvertes à demi. J'ai envie de lécher ce temps qui fuie, pour laisser ma trace dans le tourbillon de l'existence.


*******


Je veux que les lettres de mon prénom marquent l'Histoire. Que l'on brandisse des étendards où l'on aura griffonné ces E par millions.

*Ne jamais oublier l'Espoir, l'Eternel et tout simplement l'Essentiel.*

J'étais ton E, ton Espoir, ton Estelle.
Et d'un coup, je n'étais plus rien.
Je ne suis qu'une lettre perdue dans un océan de voyelles vulgaires.
Je suis comme le A, étourdi et mutin, comme ce I stupide et joyeux, comme ce O gros et vide, comme ce Y grec géométrique et insensible. Je ne suis plus rien parce que tu ne m'espères pas. Parce que nous n'espérons plus ensemble.

J'étais parce que je t'espérais.

Je ne suis plus parce que je n'espère plus.

Alors, pourvu qu'on se souvienne de ces espoirs du siècle, enfants de lendemain mort-nés.
Pourvu que l'on se rappelle de cet espoir qui a vu le jour dans mes yeux quand je t'ai rencontré.
Cet espoir qui, un jour, est parti avec toi.



*Et si l'un de nous deux tombe...*

# Posté le dimanche 02 mars 2008 07:38

Modifié le dimanche 02 mars 2008 09:37

*Lune et l'autre*

Parce que je sais le mot de passe qui mène à ton coeur,
Parce que tu sais les mots qu'il ne faut pas me dire,
Parce que tu es grande,
Et qu'à côté de toi, je suis si petite.
Parce que nous sommes autres,
Nous nous ressemblons tant.


Parce qu'à tes côtés, je deviens Autre,
Cet autre moi que j'aime être,
Celle qui t'aime tout entière
Dans le silence de l'amitié.

Parce qu'il y a dans nos silences
Plus de coeur que de galères.
Parce que le bonheur n'est pas notre allié
Mais que tu fais battre ma vie
Quand elle est au ralenti.

Parce que pour moi tes yeux ne sont pas maquillés,
Parce que tu sais que je peux pleurer sans verser de larmes.

Parce que tu manques à ces jours
Qui passent sans voir le bout de ton petit nez.
Parce que tu m'aides à reprendre cette respiration
Que j'oublie parfois.
Parce qu'on respire ensemble, c'est tout.

Parce que j'ai peur pour toi,
Toi qui n'as peur de rien,
A part de toi.

Parce que les hommes sont nos ennemis,
Et nos meilleurs amants.
Parce que ton coeur rejoint le mien
Chaque soir d'espoir.

Parce que tu habites toujours près de moi.
Parce que tu habites en moi,
Dans ce coeur qui s'est éteint trp de fois.
Parce que je t'aime sans savoir pourquoi.

Simplement
Parce que c'est toi,
Parce que c'est moi.

# Posté le samedi 01 mars 2008 06:18

Modifié le dimanche 02 mars 2008 09:38

*Le meilleur de son être*

Elle a des ailes à son prénom
Mais de lourds sabots à ses pieds.
Belle dans une vi[ll]e endormie,
Elle traîne ses vingt ans
Sur une piste de danse.
Ses mouvements flous
Cherchent à capter le regard
Bleu de ce Don Juan éméché.
"Regarde-moi" lui disent ses mains.
Elle se penche alors
Et découvre son cou nu
Que caressent ses doigts audacieux.

Danse petite ballerine,
Poupée de porcelaine toute cassée.
Fais tourner tes pieds
Qui ne savent plus avancer.

Allez,
Tourne et tourne encore,
Fais transpirer tes larmes,
Fais valser tes hanches.

Danse encore
Pour oublier que le temps te croquera
Sans doute encore ce matin.
Oublie que le temps presse
Ta poitrine oubliée.

*Ne regarde pas ce miroir brisé.*

Danse comme s'Il te regardait.
Danse comme si le monde
S'offrait à toi.
Offre toi à ce monde
Qui te refuse.

Marche petite étoile,
Sur le parvis de ta vie,
Sacrifie tes pieds fins
A l'infini de la jeunesse.

Allez,
Berce-toi encore un peu,
Il n'est que quatre heures.
Cendrillon était une froussarde.

Fais valser tes cheveux
Dans l'air mouillé de cette soirée.
Oublie que le monde s'effrondrera encore
Demain matin.
Oublie le temps qui tue.

Tu es la nuit
Qui pour une fois
A vu ce loup
Qu'on appelle la Vie.

<Il ne l'aime plus
C'est du passé
N'en parlons plus>

# Posté le mardi 26 février 2008 13:48

Modifié le samedi 07 juin 2008 05:03

*Ma vie, mon oeuvre, ta gueule*

Ma vie ressemble à une passante, petite et fourbue, pendue aux lèvres de la foule qui piétine le monde. Ma vie est une dame noire aux yeux brisés. Ma vie dort en marchant. Ma vie porte un parapluie, deux manteaux, trois paires de gants, un bonnet blanc, des lunettes noires et un gros sac de souvenirs. Ma vie joue les incognitos aux yeux du monde.

Ma vie marche doucement pour ne pas trébucher, pour ne pas fouler ses chevilles. Elle marche plus doucement que le temps qui court. Parfois, ma vie s'arrête pour reprendre une respiration. Puis elle parcourt le temps en apnée.

Ma vie laisse tomber ses bras, qui raclent le sol. Ses paumes sont intactes mais n'ont aucune main à serrer. Ses doigts écorchés laissent une traînée fine et sale sur le côté de la route.

Ma vie se protège de la pluie de peur de fondre sous les gouttes. Pauvre petite vie en sucre. Ma vie se protège également du soleil de peur de cramer. Ma vie a déjà les yeux trop rouges pour voir la vie en rose. Alors elle ne veut pas regarder le soleil en face. Simplement, ma vie se protège de la Vie.

Alors ma vie est toute blême. Elle est un fantôme qui traverse le temps sans bruit, sinon celui des chaînes qui pendent à son c½ur. Sinon celui de ce sanglot dans sa gorge, étouffé entre sa bouche et son c½ur. C'est une musique que les autres vies redoutent. Cette musique est une légende. Elle raconte que ce sanglot coincé entre la vie et la mort vient de ceux qu'on appelle les vivants-morts. Ma vie est morte quelque part entend-on dire par-delà les routes.

Sur le bord du chemin, ceux qui croisent l'ombre vacillante de ma vie ne la reconnaissent pas. Ils ne comprennent pas comment ce visage doux et pur ne relève pas son menton fier et haut. Ils ne comprennent pas pourquoi ces épaules chutent et ce c½ur dort. D'autres vies continuent leur chemin, traçant sur leur route un sillon de poussière où s'engouffre ma pauvre vie solitaire. D'autres encore ont ce regard de pitié qu'on a pour les infirmes. Elles regardent piteusement une handicapée de la vie.


Assise dans un coin de mon existence, je vois passer ma vie.
Je n'en suis que la spectatrice, je suis la passagère de mon existence.
Ne dit-on pas que la place du passager est celle du mort
?


*Bang bang, he shot me down
Bang bang, I hit the ground
Bang bang, that awful sound
Bang bang, my baby shot me down*

# Posté le samedi 16 février 2008 17:41

Modifié le lundi 18 février 2008 14:36

*Le reflet de mes erreurs*

Je me regarde dans le miroir. Je penche la tête pour que la lumière éclaire mieux ce visage presque étranger. Je me regarde et je pense à toi qui ne me vois pas. Mes traits se tirent, ma bouche se pince et mes yeux se rident. Je vais pleurer. Je me regarde prête à verser les larmes de ton salut. Je pleure de toi, je pleure pour toi ; je pleure sans toi. Être seule, c'est être sans toi. Je suis seule avec les autres, parce que les autres ne te ressemblent pas.
Je vois ces yeux vitreux qui se regardent, et je pleure. Mes larmes qui coulent tranchent un sourire forcé. J'essaie de te sourire. De te surmonter. De te détester. Je souris parce que je me trouve si conne de tant pleurer. Mais je souris en vain.
Je pleure de trop t'aimer, encore. Toujours. Je regarde mes cheveux éclairés par le petit néon au-dessus du miroir. Dirais-tu qu'ils sont plus clairs, mes cheveux ? Qu'en penserais-tu ? Trouverais-tu mes cheveux trop longs ? Tu les aimais courts, et tombant à peine sur mes épaules. Tu les aimais mutins et en bataille. Fougueux, comme mon regard quand il se posait sur toi. Juste après que tu sois mort, je me suis coupée les cheveux. « Enfin » aurais-tu dit. Mais tu ne l'as pas dit, car tu étais mort. J'ai fait tant de choses que tu désirais de moi, mais tu n'étais plus là.
Je me regarde, et je voudrais que tu regardes avec moi ce visage mouvant, changeant, vivant sans toi. Regarde ces yeux qui regardent sans toi. Sens-tu ce c½ur qui bat, qui aime, qui crie sans toi ? Sais-tu que mes mains ont parcouru des hommes qui n'étaient pas toi ? Tu le sais puisque mes doigts n'ont effleuré que le bout de ton c½ur. Mon ami, mon amour, j'aimerai que tu me regardes avec ces yeux que j'oublie peu à peu. Regarde comme ton amie a changé sans toi. Cette infâme qui ose vivre alors que tu es mort.

Je pleure parce que tu ne m'as pas vu recevoir ce prix au concours de littérature.
Parce que tu n'étais pas là pour les résultats du bac.
Parce que tu n'étais plus là pour que je t'appelle, éplorée, pour t'annoncer mon entrée à cette école.
Parce que tu n'étais pas là pour que je te raconte ma première fois.
Parce que tu n'es plus là pour vivre avec moi.
Enfin je pleure
Parce qu'il faut bien vivre sans toi.
Parce que j'ai peur de te tuer une deuxième fois
En laissant s'éteindre nos souvenirs.

J'ai une peur immense au fond du ventre,
Quand tu reviens me parler dans mes rêves.
Et je pleure,
Parce que je pense encore que je pourrais t'appeler,
Te crier dessus,
Te rappeler pour m'excuser,
Puis te dire que je t'aime
Et qu'on se voit mercredi.

Je pleure de trop pleurer.

Reviens,
Juste pour me dire que tu es vraiment mort,
Parfois je n'y crois plus.
Reviens pour achever ce c½ur qui finit de mourir sans toi.
Reviens enfin,
Pour que ce qui t'aime en moi
Parte avec toi.



*Il y a quelque chose au bout de mon c½ur,
Quelque chose qui n'arrive pas à sortir.
C'est un souvenir qui m'échappe
Mais qui ne s'enfuit jamais.
Comme un rêve qui revient chaque nuit.*
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# Posté le samedi 09 février 2008 17:33

Modifié le vendredi 15 février 2008 11:25