A l'aide du livre d'
Alain BENTOLILA, «
Le verbe contre la Barbarie », j'ai décidé de vous parler des
mots.
Si lorsqu'on pense aux mots, on fait souvent référence à la culture, les mots ont une place grandissante dans la société et la politique avec tous
les enjeux que cela implique. Dans une société où la
surabondance de mots côtoie
l'absence totale de mots, il est essentiel de montrer
en quoi l'absence de mots est dangereuse et comment faire pour lutter contre.I. Absence de mots « traditionnels » On peut mesurer l'absence de mots à la hauteur de
l'échec scolaire des élèves en France. En effet,
1 élève sur 10 est en échec scolaire. La plupart – sans forcément avoir des parents issus de l'immigration – peuplent pourtant des banlieues plus défavorisées que celles de leurs camarades. Des élèves dont le système éducatif actuel ne convient pas sortent alors du circuit scolaire
handicapés verbalement.
Ils sont 160 000 par an. Dans son livre, Alain BENTOLILA dénonce alors que du
ghetto urbain on soit passé au ghetto linguistique pour arriver jusqu'au
ghetto social,
professionnel et culturel.
En effet, moins je sais parler, moins je parle, moins j'échange et plus je me renferme sur moi-même. Des gens déjà handicapés socialement et souvent culturellement tombent alors dans un cercle qui devient vicieux. Et rares sont les élèves qui surmontent le
double effort à faire pour réussir leur scolarité. En effet, c'est déjà dur d'écrire une dissertation, ça l'est encore plus si les parents n'ont jamais été portés sur la littérature ou s'ils ne parlent pas bien français.
Ces jeunes ont pourtant développé un langage avec des formes qui lui sont spécifiques : c'est par exemple le
verlan, le rap et le slam. Le problème est que les enjeux du langage sont aujourd'hui dissimulés
derrière des discours égalitaires qui prônent que tous les langages se valent. On pourrait pourtant parler de
« nantis » et de « pauvres » du langage.
En effet, comme l'énonce Alain BENTOLILA :
alors que « certains [langages] livrent les clés du monde, d'autres ferment les portes du ghetto ».
II. Quels problèmes pose ce constat ? Le
langage est ce qui nous
différencie des autres êtres vivants. Cette capacité à parler permet de
pacifier et maîtriser nos relations avec les autres notamment ceux avec qui nous sommes en conflit. Le problème c'est que
l'impuissance linguistique n'offre comme seul recours que
l'affrontement physique.
On passe alors "des mots aux mains".
Car selon Alain BENTOLILA «
lorsqu'on ne peut pas s'inscrire pacifiquement sur l'intelligence des autres, la seule façon d'exister, c'est de laisser physiquement des traces sur le corps de l'autre ».
Alors bien sûr, il ne faut pas être fataliste au point de penser cette situation est généralisée et insurmontable. On a tous des exemples d'amis qui ont réussi sans avoir les moyens de le faire. On peut aussi voir aussi que des
moyens d'expression de ces jeunes et moins jeunes existent : l
es tags, le rap avec le verlan, la littérature dite "des banlieues" avec des livres comme «
Kiff Kiff demain ». De plus, avec la popularisation d'idée de «
démocratie participative », l'occasion de s'exprimer est offerte à tous, notamment à ceux qui cumulent des difficultés de toute sorte.
MAIS ce n'est qu'une fausse solution pour un vrai problème.
Le problème n'est pas que les gens n'ont pas l'occasion de s'exprimer mais n'en ont pas les moyens. Ne demandons pas aux gens de s'exprimer mais plutôt d'apprendre à le faire.
III. Perspectives de solutions Que faire alors, quelles perspectives de solutions peut-on élaborer? Il s'agit évidemment d'une politique de l'éducation qui viserait à «
redistribuer » de façon équitable
les mots.
C'est finalement, redonner tout son sens à l'éducation NATIONALE.
Car en faisant croire que l'échec dans l'école républicaine n'était pas si grave, on a enfermé les jeunes dans leur
impuissance verbale. C'est vrai, il n'y a rien de grave à ce qu'un élève issu de l'immigration sans diplôme devienne maçon, au contraire, ça arrange. Le problème c'est qu'il n'y a pas de métier absolument manuel et ne nécessitant pas l'usage d'une parole élaborée. En réalité, l'apprentissage du langage n'enseigne pas que les mots, il inculque une
réflexion nécessaire pour se défendre dans la vie et la
résistance intellectuelle indispensable pour lutter contre des explications simplistes et des dangers démagogiques.
Finalement, le premier pas que le personnel politique devrait faire serait de reconnaître qu'un enfant sur dix en
échec scolaire connaîtra certainement un
échec professionnel donc
social donc
civique et donc
politique. C'est pourquoi il faut
redonner aux mots leur envergure et leur enjeu réels. Il ne faut pas seulement considérer qu'ils sont un enjeu culturel et scolaire mais qu'ils ont aussi des incidences professionnelle, personnelle, sociale et bien sûr politique.
Peut-être est-ce parce que j'ai beaucoup lu, et un peu écrit, que je n'ai jamais pu dissocier
les mots des maux. L'absence du premier engendrant souvent la naissance du second.
Alors à mort la mort des mots. Je ne demande pas que l'on chante l'amour des mots ni que des mots ne naisse plus la haine. Je veux juste que
les mots existent. Qu'ils soient beaux, moches, long, courts, creux ou crus,
il suffit qu'ils existent. Il suffit que chacun puisse
apprendre à bien parler pour
parler bien.
Il suffit que chacun apprenne "
ce que parler veut dire".