Entre deux pubs sur France Inter,
Mon esprit a fini par s'échapper.
Il pleuvait sur Grenoble.
Les nuages avaient noirci,
Le vent chantait dans les arbres.
Quand j'étais à l'école primaire,
On avait ces vieux bureaux
Avec le trou pour mettre l'encrier.
Les deux sièges étaient tenus entre eux par une double bar de fer.
*Tu te souviens?*
Quand il pleuvait,
J'avais mon parapluie,
De ces parapluies minuscules en plastique
Qu'on avait toutes à l'école.
Arrivée en classe,
Je le calais entre les deux barres de fer.
Pendant que la maîtresse parlait,
J'étais aspirée par ce qu'il se passait dehors,
Je ne pouvais pas m'empêcher de regarder la pluie tomber,
Sur les toits,
Sur les parapluies,
Sur les feuilles,
Contre les carreaux de la vitre.
Parfois si violemment.
Si j'avais fini mes exercices,
Je pouvais alors commencer mon périple.
Je regardais dehors,
Et je fermais les yeux,
C'est lui qui me guidait : on descendait les escaliers,
On traversait la cour.
Quand je l'orientais à gauche, nous tournions vers la grande descente du château.
A droite c'était la pente dangereuse de la piscine.
Et j'étais partie dans les nuages.
Loin de cette salle.
De mon vieux bureau miteux,
Je voyageais seule.
J'allais dans la rue,
Je saluais les gens,
Courais après la pluie
Dans ces matins de brume.
Je revenais sous mon parapluie magique.
Je ne me suis jamais sentie aussi à l'abri que sous un parapluie.
C'est peut-être pour ça que je fais souvent pleuvoir mes yeux.
Pour me sentir à l'abri?
*Ecoute la pluie chanter,
C'est le temps qui pleure*
